Jean-Sébastien's posterous

Jean-Sébastien's posterous

Mar 10 / 10:46am

Les Digital Natives existent... mais pas forcément comme on les imaginait

On les croyait geek jusqu’au tréfonds de leur mémoire. On les tenait pour des surdoués du clavier. Première génération à avoir grandi avec le numérique, les digital natives (natifs numériques) seraient, dit-on, intuitivement à l’aise avec les nouvelles technologies (ordinateur, téléphone portable, Internet). Un mythe aujourd’hui relativisé par plusieurs études, dont celle réalisée récemment par la fondation Travail et Technologie de Namur (Belgique), qui rapporte que les pratiques des 16-25 ans sont dominées par la communication et la récréation. Un regard que partage Jean-Noël Lafargue, 42 ans, expert en technologies et maître de conférence depuis 1996, notamment à l’université Paris-8 et à l’école supérieure d’Arts du Havre. Selon lui, les jeunes seraient davantage des «digital naives».

La génération «digital natives» n’existerait pas ?

Ils existent. Mais selon moi, ils sont beaucoup moins compétents qu’on le croit.

Qu’est-ce qui est caractéristique de leur approche et leur usage du numérique ?

La facilité. Aux débuts de l’informatique, il y a trente ans, l’ordinateur servait presque uniquement à programmer, à fabriquer des choses. On inventait, découvrait, défrichait. Pour ma génération, l’ordinateur a été une conquête. On l’a vu arriver chez nous. Pour les étudiants d’aujourd’hui, ça existe depuis toujours. Ils baignent dedans, c’est leur univers et ils ne le remettent pas en question. La plupart ne sont pas intéressés par le fait d’utiliser l’ordinateur comme outil. Plus ça va, plus il devient un média. Moins on fabrique et plus on consomme. Et les jeunes sont essentiellement bons pour consommer et communiquer.

Ils seraient doués pour tchater ou envoyer des SMS mais pas plus à l’aise que leur grand-mère pour mettre en page un document ?

Oui. C’est une tendance qui m’étonne dans les écoles d’art et les universités. Il y a dix ou quinze ans, les étudiants arrivaient en ne connaissant rien. Ceux d’aujourd’hui ont un ordinateur, sont devant quatre heures par jour mais ils peuvent ne pas savoir comment ouvrir un fichier texte. Ou alors c’est quelque chose qu’ils ont appris à l’école, dont ils peuvent se rappeler vaguement, comme on peut se rappeler Jean-Jacques Rousseau. Dans les cours de techno, ils apprennent des choses, mais ça n’est jamais mis en perspective. Ils n’ont pas forcément conscience de l’histoire récente de l’informatique et d’Internet et que les choses n’ont pas toujours existé. Et ça ne les intéresse pas.

Suite à mes pérégrinations estudiantines, je commençais à avoir un mauvais pressentiment, que cet interview (en intégralité sur liberation.fr) vient confirmer : les jeunes (moins de 25 ans) sont bien des Digital Natives, mais en fait ils savent en faire moins que nous avec leur ordi !
D'un ordi "technique", complexe et qu'il faut bidouiller pour le faire marcher, on est passé à un ordi "outil", voire "moniteur", que l'on ne questionne plus mais que l'on ne maîtrise pas plus techniquement que sa télé ou son micro-ondes.
Il suffit de voir les jeunes d'aujourd'hui : Blackberry en main, connectés à Facebook pendant les cours, incapable de prendre des notes avec un stylo et du papier... mais tout aussi incapables d'installer OpenOffice, de configurer Firefox ou de faire marcher le logiciel qu'ils viennent de télécharger !
C'est assez déroutant, mais c'est confirmé : dans quelques années, l'ordinateur sera comme une télé, dans le sens où il sera déjà configuré, déjà installé, il n'y aura plus qu'à l'utiliser. Et nous pauvres enfants des années '90 seront les derniers à vouloir accéder au disque dur pour configurer la RAM et aller trafiquer le Bios...